Salif Keita est entré chez moi

C’est fait, Salif Keita est entré chez moi. Et comme j’ai l’habitude de ne pas faire les choses à moitié, j’ai acheté un coffret de deux albums, Moffou et M’Bemba. J’ai presque honte en fait de n’avoir pas accueilli ce musicien plus tôt dans ma discothèque… J’écoutais régulièrement quelques-unes de ses chansons sur les radios d’Espace.mu, envoutée chaque fois, émue, vraiment. Mais je ne savais rien de lui. Rien du tout. Je supposais qu’il était Malien, de par le génie et les riffs de guitare. Est-ce que le meilleur du genre humain émerge nécessairement de l’adversité? À en croire la musique qui pousse sur la terre aride du Mali, force est de constater que la pauvreté et les guerres intestines n’ont pas d’effet dissuasif sur la créativité.

Mais Salif Keita est issu d’une lignée de princes, descendant direct de Soundiata Keita, fondateur de l’Empire du Mali au XIIIe siècle (merci Wikipédia). Alors tout aurait dû aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles pour lui. Sauf que. Né albinos dans un pays où cette condition est associée à des pouvoirs maléfiques, il est parti, comme on dit, avec un vent de face. Et quand on est né prince, albinos ou non, on ne chante pas. Ça, c’est réservé aux griots. Mais Salif Keita chante. Et il y a un prince dans ma maison. Un prince à la voix déchirante, un magicien des rythmes syncopés, un alchimiste des mélodies envoutantes. À bien y penser, son déficit de mélanine lui confère peut-être des pouvoirs…

On fait un test? Écoutez cette pièce, les yeux fermés. En fait, c’est comme vous voulez, mais écoutez-la.

 

Je ne consomme rien qui ne se vende sur les tablettes de la SAQ, et mon foie ne se plaint d’aucune attaque éthylique en ce moment. Pourtant, je ne suis plus dans mes souliers quand j’écoute cette chanson. Il faut dire qu’ajouter Cesaria Evora à ce mesclun émouvant, c’est presque trop. Mais à l’épicurien, tout est bon, surtout l’abus. Et j’abuserai encore, j’ai déjà hâte de fouiller le web ou les bacs pour me procurer d’autres albums de ce prince déchu, de ce noble sorcier.